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Les ombres qui apparaissent n’ont pas les lueurs de l’espoir…

Les ombres qui apparaissent n’ont pas les lueurs de l’espoir…

Les ombres qui apparaissent n’ont pas les lueurs de l’espoir…

J’ai côtoyé mes premières abeilles il y a plus de trente ans… Depuis, l’apiculture a accompagné toutes les étapes de ma vie.
Mais au-delà de l’apiculture, au delà des techniques, des savoir faire, des connaissances, de l’exploitation (puisqu’il y en a eu)… j’ai toujours éprouvé une fascination particulière et affective pour ce peuple ailé.
Cela s’est traduit par une attitude régulière de ma part: des heures passées, presque quotidiennement, à la simple observation des planches de vol.
Ces instants qui pouvaient être de courts moments, suffisaient à me permettre d’entrer en osmose avec un autre monde. Et cela m’était nécessaire. Je ne mentirais pas en disant que bien souvent je me sentais bien plus proche de ce monde des abeilles que de celui de mes contemporains…

Aujourd’hui je me rends compte que s’asseoir sur une pierre, face à une ruche et laisser la magie de l’observation et de la communication opérer, est devenu impossible, voir insupportable.
Nous ne pouvons plus dialoguer avec nos abeilles. Nous ne pouvons plus apprendre d’elles les secrets qu’elles laissaient échapper sur la planche de vol. Elles sont en guerre. Et ce qu’elles laissent paraître de leur intimité dorénavant n’est plus que stress, peur, défense, désarrois et angoisse.
Fini pour elles les longues balades sur le fronton des ruches ensoleillées, qui laissaient comprendre que même chez les abeilles le farniente avait son importance… Aujourd’hui s’attarder en dehors de la ruche est un risque à ne pas courir…
Fini les beaux atterrissages des butineuses qui revenaient des champs…Aujourd’hui dans la précipitation, la peur d’être kidnappées, elles s’écrasent et même parfois ratent la planche de vol…
Fini les départs aux champs, ou elles prenaient le temps, avant de s’élancer, d’inspirer fortement, de s’alléger au maximum…Aujourd’hui elle sortent comme des balles de fusil pour percer le barrage mortel des assaillants meurtriers.

Oui, parce qu’aujourd’hui, chaque ruche, chaque colonie, qu’elle soit sauvage (s’il en reste…) ou de rucher, doit faire face du tôt matin à la tombée de la nuit, aux attaques incessantes des frelons asiatiques.
A chaque envol, à chaque retour, la partie de poker se joue. Coup de poker qui conduira la perdante à être kidnappée, découpée et broyée en une infâme bouillie.

S’asseoir devant sa ruche aujourd’hui n’a plus rien de la belle sérénité des bons moments d’hier. Le bourdonnement apaisant de la colonie, celui des butineuses dans leurs allées et venues ont disparu. Etouffés par celui, menaçant et mortel des frelons en chasse, aux aguets.

Je trouve que le monde des abeilles fini par beaucoup ressembler au notre.
Et je ne suis pas certain qu’elles y gagnent au change.