Et à chaque fois, on y a droit ! L’agressivité des abeilles noires.

Il y a des mots qui ont une permanence dans « l’effroi ». Le « noir » en est. Seraient-elles bleues, nos abeilles noires, en serait-il autrement ? Je les pense victimes de cet instinct primale sorti tout droit d’une culture où le noir est chargé des maux les plus sombres. Le simple énoncé du Noir oriente directement vers la méfiance, la peur, l’angoisse. Concernant nos abeilles les choses ne sont pas aussi simplistes.

Alors, agressives ou pas?
Pour avoir côtoyé ces tribus bien avant que nos cheptels soit envahis des peuplades multiraciales d’importation (Buckfast, Italiennes, Carnoliennes et autres), je peux dire une chose, les abeilles noires savent mettre une limite aux interventions intempestives qu’elles jugent outrageuses pour leurs équilibres vitaux. En bref, elles savent faire respecter leur intégrité intime. Qui pourrait les en blâmer ? Être détentrices depuis un million d’années, des secrets de l’élaboration du miel et surtout d’en être les gardiennes farouches, demande tout de même quelques précautions défensives à l’égard d’un environnement où le piratage reste une des principale règle de survie.

Personnellement je n’ai souvenir d’agressivité remarquable qu’à la suite de manipulations un peu longues et sans doute jugées, par les abeilles, comme étant un peu trop intempestives. Concernant les colonies qui portaient des attaques délibérées et sans raison apparente, je les isolais, puis j’en changeais rapidement la reine, ce qui dans la plupart des cas résolvait le problème. Pour autant je ne me rappelle pas avoir renoncé à quelque opération que ce soit sous des prétextes d’agressivités particulières. Simplement, notre travail d’apiculture suivait les règles d’un accompagnement naturel et spécifique à ces abeilles.

Mais il ne faut pas croire, pour autant, que les autres races d’abeilles soient exemptes d’agressivité. L’hybridation qui découle naturellement des fécondations sauvages entre Italiennes ou Carnoliennes

et nos abeilles noires, donne très souvent des colonies d’une grande agressivité.

Ce qui implique pour l’apiculteur de déployer beaucoup d’énergie, de travail, mais aussi d’investissements financiers pour maintenir son cheptel dans ses qualités originelles. Sans compter sur les nourrissements stimulants ou nourriciers qui vont de pair avec des reines dont les performances de ponte sont dignes des Formule1.

L’apiculture d’aujourd’hui est devenue d’une telle complexité, et nécessite de telles manipulations, que bien évidement il valait mieux une abeille manipulable à merci qu’une abeille noire aux instincts tout simplement d’abeille. C’est à dire sachant se faire respecter. Respecter ses équilibres, respecter ses règles. Il est certain que la technique de palettisation supportée par les colonies actuelles n’est guère compatible avec les règles de respect que demandent les colonies d’abeilles noires. L’hyper rationalisation et industrialisation de l’apiculture moderne ne tient pas grand compte du « bien-être » dû au cheptel. La productivité est aux manettes. D’elle, dépend la survie de l’exploiteur ( oui, bon d’accord….de l’apiculteur).

Le choix « anti abeilles noires » en vaut-il la chandelle ?

Je vous rassure, on peut très bien vivre son apiculture sans palettisation, sans nourrissement stimulant, sans transhumances…Une persévérance dans la sélection des colonies parmi les plus douces, les moins essaimeuses, les plus productives, permet un travail et des résultats équivalents à ceux que peuvent procurer n’importe qu’elles autres espèces d’abeilles, avec en prime, ce qui n’est pas négligeable pour peu que vos colonies soient issues des abeilles noires locales, une « bonne connaissance génétique » de leur milieu. D’où une résistance générale accrue.

Travailler traditionnellement en compagnie d’abeilles noires implique du respect, de la qualité de vie et beaucoup d’observation. En échange, l’abeille, fut-elle noire, n’hésite pas à laisser un espace d’incursion dans son monde. Il est limité, mais il est suffisant pour que l’on puisse parler de partage entre elle et l’apiculteur qui sait ne pas en dépasser les limites. L’apiculture avec les abeilles noires est une apiculture « d’accompagnement ». Bien évidemment, une telle apiculture n’est pas basée sur les règles du productivisme maximum. Mais elle saura néanmoins rester parfaitement viable du fait d’un moindre travail, de moindres (au combien) investissements en énergie et financier…et bien évidement pour l’amoureux des abeilles, d’un surplus de satisfaction ; Celui d’être en parfaite osmose avec ses abeilles.

Il est temps d’avoir une réflexion active et pointue sur le devenir de l’apiculture et plus largement sur le devenir de notre environnement vivant. Des projets insensés, irresponsables sont en cours. Des chercheurs-fous mais néanmoins officiellement reconnus, planchent actuellement sur des « abeilles préfabriquées » génétiquement. Des abeilles « clones » qui résisteraient à tous les poisons inventés et dispersés à tout-va par ces mêmes chercheurs. Des abeilles  » semences génétiques brevetées », donc potentiellement porteuses d’un enjeu financier qui imposera son dictât à tout projets apicoles. Bref, cette monstruosité est pour demain. Est-ce que l’on trouvera des apiculteurs pour s’engager dans ces folies de cheptels complètement dégénérés. Je crains que oui.
Mais la place existe pour ceux dont l’énergie et les prises de conscience sont à fleur de peau. L’abeille noire n’est pas morte, l’apiculture qui va avec, non plus, et les réseaux, associations et autres conservatoires

de l’abeille noire regorgent de bonnes volontés à dispenser les bons conseils, les bonnes techniques, nécessaires à un cheminement apicole respectueux et viable. Et franchement, l’abeille noire le vaut bien.

7 Responses »

  1. Merci pour ce partage, c’est pas mal du tout. Je m’occupe de la partie actu pour la ville de la Rochelle et je ne vais pas hésiter à relayer votre article. Cordialement.

  2. Je viens de commander trois ruches complètes (corps, hausses etc….) pour transférer au printemps prochain des abeilles laissées à l’abandon depuis une quinzaine d’années.

    Il y avait quatre ruches mais il y a quelques semaines je les ai visitées pour la première fois et avec les conseils d’un apiculteur j’ai regroupé deux ruches en une seule (car trop faibles). Pour info j’ai peu de connaissance sur les abeilles, l’apiculteur leurs a mis un complément alimentaire dans le couvre cadres.

    Les deux autres ruches sont bien garnies avec hausse mais elle je leurs laisse tout le miel afin qu’elles puissent passer l’hiver.

    Ce sont des ruches chalet car en altitude dans le 05 et en bordure de torrent, elles sont dans un état de délabrement total les pieds sont pourris, plus de haut-vent, l’une d’entre elles est presque renversée. Elle se trouve sous des noisetiers et des frênes qui ont poussés depuis, on peu passer à 5 mètres sans les voir, quand au soleil inutile d’en parler, c’est le nord 365 jrs / 365.

    Ces abeilles résistent peut-être encore car se sont des « noires » du terroir et je n’ai pas l’intention d’en changer. Au printemps elles auront des nouvelles maisons bien préparées en espérant qu’elles résistent un hiver de plus… je croise les doigts.

    Leur nouveau territoire sera à 300 mètres du lieu ou elles sont actuellement ce qui m’obligera à les déplacer en deux fois, la première fois (en juin) elle iront à environ 3 kms et plus haut en altitude puis à la fin de l’été je les ramènerai à leur lieu définitif.

    Voila j’ai hâte d’être à l’été prochain avec l’espoir d’avoir à acheter des nouvelles ruches pour mettre de nouveaux essaims.

    Question agressivité l’apiculteur les a trouvées très guerrières mais il faut dire qu’elles ont été malmenées, ne serait-ce que pour ouvrir les ruches, tout était soudé sans parler des rayons…..

    Actuellement dans le 77 je vais bientôt avoir tout mon temps pour m’occuper d’elles dans le 05.

    Bien cordialement,

    JJ.P.

  3. Merci pour ce beau témoignage en faveur de l’abeille noire. Est il encore possible de la sauver? Je l’espère. Longue vie aux conservatoires et aux apiculteurs qui balayent les préjugés et vivent avec cette abeille magnifique. L’image globale de l’apiculteur qui sauve les abeilles est bien répandue. Pourtant ce sont bien trop souvent ceux la même qui en utilisant d’autres sous espèces (ou race pour les adeptes de la buckfast) polluent la génétique la souche locale, la conduisant à être de moins en moins résistante et de plus en plus dépendante de l’homme… Un cercle vicieux dont il est tant de sortir!

  4. Ignorer la part des phytosanitaires dans la mortalité massive des abeilles et s’autoriser à faire le savant qui pense plus loin »… J’appelle cela une mauvaise hygiène intellectuelle. Un cercle vicieux dont il est temps de sortir par un peu d’humilité ou beaucoup de recherche

  5. Deux phrases, votre commentaire. J’y relève ; « ignorer », « s’autoriser », « faire le savant », mauvaise hygiène intellectuelle », « humilité » et un conseil à devenir chercheur…
    Après le sourire bienveillant à l’encontre de critiques aussi avisées, et à l’égal, permettez moi d’y ajouter aussi mes 2 phrases.
    La première ; Continuez dans cet esprit critique qui cache sans doute un entier un peu présomptueux, mais qui reste ce qui se fait de mieux dans l’art de la critique gratuite et dans les cas que vous me citez, vide et sans objet.
    La deuxième ; Lisez mon bouquin qui n’est pas celui d’un chercheur en science mais celui d’une paire de mains plongées dans le monde des abeilles depuis plus de 35 ans et dont la conclusion reste un simple conseil qui résume tout ; foutez la paix aux abeilles.
    Après lecture. Critiquez sans retenu.

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